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Extraits

Extrait n°1 – Pauline Cerisier née Granvilliers

 

Ce texte est écrit à partir de l’enregistrement d’entretiens. Je me suis attaché à rester au plus près du récit. J’ai conservé, le plus possible, du vocabulaire, des expressions de la personne interrogée, considérant que ses petites filles, pour lesquelles elle raconte sa vie, devaient la reconnaitre, la retrouver au travers de ces lignes.

 

Pour respecter la confidentialité et, avec son accord, les noms ont été modifiés.

 

« Je suis née à Paris le 14 mars 1929.
Je me souviens d’avoir vécu une période très heureuse, à Rambouillet, chez ma grand-mère Françoise Paris. Elle était très douce et très affectueuse.
Elle était née à Grenoble. Ma grand-mère était une dame « de style ». Elle était parfaite à tous sujets. Elle avait atteint le BEPC, plutôt rare à cette époque, surtout pour une jeune fille ; et ses parents l’avaient placée, à Rambouillet, dans une maison bourgeoise pour élever des enfants, leur donner l’éducation et l’instruction. Elle remplissait très, très bien son rôle.
Et donc, elle a élevé beaucoup d’enfants dans cette famille-là. Après, elle s’est mariée avec mon grand-père Antoine Paris qui était : « Maître de cultures ».
C’est à dire que, lui, d’après ce que j’ai compris, il s’était engagé à faire tout ce qui concernait la culture dans la Beauce, dans tous les environs de Rambouillet. Il avait une dizaine d’ouvriers à lui. Il était en quelque sorte l’entrepreneur, le chef.
Il allait d’abord seul, reconnaître la nature de l’ouvrage : cueillette des haricots, moissons, semailles … Ensuite, il arrivait avec tous ses ouvriers et faisait le travail. Après, ils allaient ailleurs. Il faisait donc ce métier mais ne rentrait pas tous les jours. Parce que c’était très loin et qu’il n’avait aucun moyen de transport ; ni véhicule, ni bicyclette, rien. Il allait à pieds. Des fois, jusqu’à trente ou quarante kilomètres ; ce qui prenait un certain temps. Mais quand il était arrivé, il restait nécessairement plusieurs jours sans repartir. Parfois c’était huit jours, d’autres fois quinze jours ou trois semaines, ou même un mois. Cela dépendait.
»

Extrait n°2 – Pierre Delterme

 

Ce document n’est pas la transcription d’un récit. Il a été écrit après le décès de Pierre Delterme.

 

Il préface, en quelque sorte, la biographie de son épouse, suivie de celle de son fils, regroupées en une sorte de saga familiale montrant bien la transmission de traits et valeurs communs.

 

Plus tourné vers l’avenir que vers le passé, il n’avait pas raconté, à ses proches, beaucoup de ses souvenirs.

 

J’ai reconstitué une partie de sa vie à partir de quelques rares anecdotes familiales, des papiers militaires, de son cv professionnel et de très passionnantes et enrichissantes recherches sur le net, concernant la « Campagne d’Alsace » et son action terrible pour libérer la « poche de Colmar » fin 1944, début 1945.

 

Pour respecter la confidentialité et, avec l’accord de la famille, les noms ont été modifiés.

« La scolarité de Pierre Delterme fut si brillante qu’on lui fit sauter une classe et qu’il obtint le certificat d’études à quatorze ans, avec un an d’avance.

Mais, poussé par les difficultés financières, autant pour élever sa famille que pour soigner son épouse, son père décida de le faire travailler chez un cultivateur à Colombey les Belles.

L’instituteur tenta vainement de le faire revenir sur sa décision. Pierre était intelligent, sérieux, travailleur, courageux, exigeant envers lui-même, perfectionniste ; et le reste de sa vie le montrera amplement, mais rien n’y fit.

Les conditions de vie, à l’époque, étaient impitoyables. Les enfants de pauvres avaient du mal à gravir l’échelle sociale. C’était le temps des repas maigres et de la vie rude.Il n’est pas impossible que cette période de sa vie soit la raison qui lui fera plus tard refuser, à plusieurs reprises, d’être Officier ; préférant, selon ses mots très particuliers : « être un grand chez les petits, plutôt qu’un petit chez les grands ». Et pourtant, combien d’appréciations élogieuses trouverons-nous dans ses dossiers militaires et sur ses carnets de notes !

Il travailla donc, durant quatre ans, chez le seul cultivateur communiste, selon ses dires, de Colombey les Belles. Il a confirmé n’avoir jamais été autant considéré, aussi bien traité et nourri qu’à cette époque.

On peut penser que les qualités décelées par son instituteur n’y sont pas pour rien et qu’elles ont contribué à le faire apprécier à sa juste valeur.

Mais, Pierre Delterme n’a jamais beaucoup parlé de son enfance, ni en bien ni en mal. Il était plus un homme d’action que de regrets.

C’est à peu près à cette époque que son père, en retraite, acquiert une petite propriété, justement à Colombey les Belles. Il y cultive des légumes pour la famille et un peu plus tard pour le restaurant à l’enseigne « Le Bistrot » que sa mère y ouvre.

Pierre Delterme rêve d’embrasser la carrière militaire. Nul ne sait si c’est pour échapper à une vie terne ou pour suivre la trace de son père, mais, à dix-huit ans et demi, il devance l’appel et s’engage le premier Décembre 1944.

Il est incorporé le 8 décembre dans l’Armée Coloniale, appelée aussi Infanterie de Marine.

Le débarquement en Normandie avait eu lieu, Paris était libéré, mais la guerre n’était pas terminée, l’Alsace encore occupée.

Il participe donc à la « Campagne d’Alsace ».

Pierre a succinctement raconté, par la suite, que les combats très durs l’ont souvent été au corps à corps, que le froid était épouvantable et que seuls dix soldats de son corps : le 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes ont survécu.

On constatera, plus loin, la sobriété de son discours.»

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